@xé libre cinéma - le magazine transdisciplinaire des arts et des cultures

  plan du site | forum | information | publicité | web design | annuaire | partenaires | on parle de nouscontact

 

Imprimer     Agrandir

EYES WIDE SHUT

un film de Stanley KUBRICK

le mystère du couple : Rêve ou réalité ?
drame américain avec Nicole Kidman, Tom Cruise, Sydney Pollack...

   

Douze ans après Full Metal Jacket, Eyes Wide Shut est l'ultime œuvre de Stanley Kubrick. Tout (ou presque) a été dit sur ce film et, pourtant, rien n'avait filtré du tournage, ni de sa production ni des trois années de travail qu'il a nécessité.
A peine connaît-on le sujet et la nouvelle, rien qu'un rêve, d'Arthur Schnitzler qui l'avait inspiré.
Ouvrir grand les yeux, loin du tohu-bohu posthume qui trouble la vision et en fragilise le jugement, au final : Eyes wide shut est un grand film.
 
Eyes wide shut s'ouvre sur un très bel appartement de l'Upper west Side. Là, Alice Harford (jouée par Nicole Kidman) et Bill (Tom Cruise ) se préparent pour se rendre à une fête de Noël, organisée par Victor Ziegler, un homme énigmatique, interprété par Sydney Pollack. Serrant les personnages au plus près, la caméra de Kubrick découvre la décoration de la luxueuse résidence, l'apparente complicité qui unit le couple par des gestes du quotidien, images d'un bonheur conjugal.
L'appartement où se déroule la soirée de Victor sera le cadre de toutes sortes de rencontres qui vont déterminer le déroulement du film. Bill retrouve un ancien camarade devenu pianiste de bar, tandis qu'Alice est séduite par un homme mur.
De retour chez eux, Alice et Bill reparlent de leur soirée en fumant un joint : la discussion en vient peu à peu sur le mariage, l'amour, la jalousie. Bill voit toutes ses certitudes tomber une à une puis, Alice lui raconte un fantasme, celui qu'elle a éprouvé pour un officier de marine et pour lequel elle a failli tout quitter et changer de vie. Cette scène, impressionnante de force est le point de départ de l'errance de Bill dans New York à la recherche de réponses que Alice a suscité en lui.
Pourquoi sa femme lui a t'elle raconté ce fantasme ? Cela signifie-t-il qu'elle ne l'aime pas ? N’aurait-il pas été plus facile de continuer à vivre les yeux fermés ?
La dangereuse introspection à laquelle se livre Bill revêt la forme d'une énigme policière et existentielle où le cinéaste ménage un suspense.
Le personnage va, alors, côtoyer une galerie de personnages étranges comme un chemin de croix. Son enquête va le conduire dans un très beau château, théâtre d'une orgie dont il va être d'abord le témoin, puis la victime. Cette longue séquence d'une durée de 18 minutes, a fait couler beaucoup d'encre : plutôt qu'une scène racoleuse ou inutile, elle est comme le point d'orgue de l'errance de Bill, le moment où il perd complètement pied avec la réalité. Le film tourne autour du rêve et de la réalité, de la frontière ténue qu'il y a parfois entre l'une et l'autre. Les aventures traversées par Tom Cruise paraissent moins réelles que le fantasme raconté par Nicole Kidman, plus encore le cauchemar qu'elle raconte à son mari (une orgie dont elle serait le protagoniste ) parait plus vrai, plus fort que la scène d'orgie vécue par Bill.
Kubrick nous parle des mystères de l'inconscient : l'homme est plus ce qu'il cache que ce qu'il montre, dévoile notamment à travers le vernis social, fait de convenances et de compromis. Le véritable être est ailleurs, dans des régions souterraines souvent cachées. Or, lorsque ces pulsions secrètes se mettent à nu, c'est un tremblement de terre. Le vernis social n'y peut rien, il est emporté lui aussi. En fait, Kubrick nous dit que l'homme ne change pas : depuis qu'il est sur terre, il est toujours habité de profondes pulsions qui le dominent.
Le cinéaste de Spartacus a souvent pris comme axe central, un couple : homme-machine dans 2001, odyssée de l'espace, parents-enfants dans Shining, maitre-esclave dans Spartacus, soldat-officier dans Les Sentiers de la gloire et Full Metall Jacket.
Avec Eyes wide shut, le couple incarné par Tom Cruise et Nicole Kidman est soudé par les liens du mariage, fragiles et qui peuvent se briser à tout moment. En même temps, Kubrick nous dit que le couple est ce qui reste, ce qui demeure après toutes les désillusions ( Idéologique, scientistes, idéalistes )
Après quarante ans de cinéma, le cinéaste, dont les questions métaphysiques sous tendent toute son œuvre, nous suggère que le couple est le seul enfer acceptable dans ce monde. Il peut être l'association de deux faiblesses, le désir de se conformer à l'ordre social, un rapport de domination mais il est, avant tout, le dernier mystère et en même temps le dernier rempart contre la folie et la mort. C'est ainsi que Kubrick, derrière son pessimisme foncier dans sa dernière œuvre nous devient si proche;
Eyes wide shut est le treizième et dernier film de Kubrick. Dans ce film-testament, il passe beaucoup d'humanité. En même temps, on retrouve cette ironie mordante, cette élégante mélancolie. On retrouve, par ailleurs, le grand formaliste qu'est Kubrick : davantage que les morceaux de bravoure ( la scène d'ouverture ou la scène de l'orgie ), ce sont les moments en creux qui sont le plus passionnant ; Bill errant dans un New York onirique ( admirablement reconstitué en studio à Londres ) ou Nicole Kidman téléphonant à son mari derrière la télévision que regarde sa fille.
Comme toujours, chez Kubrick la mise en scène est un régal pour les yeux : des fondus enchainés splendides, un travail impressionnant sur la couleur, les mouvements d'appareils d'une grande fluidité, les déplacements physiques des personnages dans le cadre Ici, on perçoit immédiatement la différence entre un plan et une image. Kubrick compose soigneusement ses plans, les conçoit comme un peintre. Une fois de plus la bande sonore joue un grand rôle. Il faut enfin saluer le couple Cruise / Kidman impliqué corps et âme dans ce projet. Il fallait un génie comme Kubrick pour utiliser Cruise de cette façon. Il montre le héros de Top gun comme un homme impuissant, refusant le passage à l'acte, passif, manipulé par les autres personnages du film, en infériorité, incapable de faire face aux événements qui lui arrivent. La star s'est prêtée avec abnégation à a destruction de son visage, quant à l'actrice, elle est admirablement filmée, belle comme le jour, son personnage est magnifique.
Eyes wide shut est un film troublant au rythme lent et envoûtant, labyrinthique et brillant. Kubrick, dans ce film, nous fait déjà regretter son absence.
 
Daniel Chocron

LA B.O D'EYES WIDE SHUT
Tout amateur des films de Kubrick sait comme celui ci attache une grande place à la musique dans ses films. Son dernier film n'échappe pas à la règle : le mélange de styles caractérise la B.O. : l'intro est une mélodie en piano de Lizzet, suivent une valse de Chostakovitch et un morceau de Chris Isaak (Baby did a bad badthing). L'intensité augment avec les classiques jazz, puis Strangers in the night par le Peter Hughes orchestra. Mais le clou musical est peut-être Masked ball de Jocelyn Pook, lors de la désormais fameuse scène d'orgie. A la fin du film, on réentend le piano du début et la boucle est bouclée. A l'énoncé de ces différents thèmes musicaux, on voit bien la diversité et la variété qu'a voulu insuffler Kubrick dans la BO de son film.

 

Acheter le DVD sur FNAC.COM

Notre article sur Stanley Kubrick

Notre sélection d'ouvrage sur Kubrick

Nos autres critiques

Réagir sur le Forum

Sommaire de la rubrique


Inscription à la NewsLetter

Tissons nos liens...

 
FORUM

Tous les autres sujets...

 
 
NEWSLETTER

Votre mail :   

Vos intérêts :  Concerts & soirées  magazine   photos

Vos commentaires

    

   
 

 
 

copyright© 1999 - 2006 - @xé libre / Open Yür Mind (association loi 1901)

 Bureau : 21 avenue Secrétan - 75019 PARIS